L’absentéisme : une maladie qui se soigne

Avec plus de 15 jours par an en moyenne, la France affiche l’un des taux d’absentéisme les plus élevés d’Europe. Le phénomène coûte cher – 8 milliards d’euros estimés pour le secteur privé – et pas seulement d’un point de vue financier. L’absentéisme affecte aussi bien souvent l’image et les relations sociales de l’entreprise. Pourtant, les solutions existent. Il suffit parfois de faire le bon diagnostic pour trouver les bons remèdes afin de remettre les salariés sur le (droit) chemin du bureau.

Le prix de l’absentéisme

Si l’on prend en compte les coûts directs et indirects de l’absentéisme, l’addition gonfle rapidement. Selon les conventions collectives, l’entreprise doit parfois s’acquitter du paiement du délai de carence, la Sécurité Sociale ne prenant généralement pas en charge les 3 premiers jours d’absence. Ce sont donc les absences répétées, même courtes, qui sont les plus couteuses pour la société. Si l’on ajoute le complément de salaire dû selon les indemnités journalières, la rémunération d’un intérimaire lorsque l’on emploie un remplaçant, ou encore le surcoût lié aux heures supplémentaires, on se rend compte que l’absentéisme peut vite devenir un véritable fardeau financier.

Identifier le phénomène

Pourtant, l’absentéisme n’est pas une fatalité.

Pour le combattre, il faut avant tout en comprendre le mécanisme. Opération parfois délicate, car il n’y a pas d’absentéisme en général, mais plutôt de multiples facteurs d’absentéisme bien souvent imbriqués.

Une étude publiée par un cabinet de conseil en 2014 dresse un classement de ces différents facteurs. Si les maladies et l’état de santé des salariés arrivent en tête, les conditions de travail et les contraintes familiales sont également pointées du doigt. Tout comme la perception d’un projet d’entreprise flou, incertain ou peu porteur d’évolution.

Face à des situations aussi diverses que des problèmes de santé, un désengagement par rapport au travail, des tensions entre collègues, ou encore des difficultés dans la vie personnelle, les solutions doivent être adaptées.

Dans un premier temps, il est donc nécessaire de faire un état des lieux précis de l’absentéisme dans l’entreprise et de réfléchir en amont sur le profil des postes, la catégorie de personnel, le type de pathologies concernées. Il est aussi important de prendre en compte les spécificités de l’entreprise elle-même et les contraintes du métier, le taux d’absentéisme passant du simple au double selon les secteurs et la pénibilité. On constate par exemple que les ouvriers s’absentent généralement plus que les cadres, tous secteurs confondus. Cela dit, la nature même du travail a sensiblement évolué.

La pénibilité physique tend à diminuer, mais la pression psychologique, plus insidieuse, augmente. Conséquence : les salariés sont de plus en plus soumis au stress et aux incidences psychiques et physiques qui en découlent.

Certains analystes mettent également en cause les 35 heures. Plus de travail et moins de temps, à effectif identique, l’équation aboutit forcément à des situations de surmenage pour beaucoup de salariés. Mieux vaut alors repousser de quelques jours les délais d’un projet, plutôt que d’être confronté à un arrêt de travail.

absence

Un baromètre de l’état de santé de l’entreprise

Quelles qu’en soient les causes, l’absentéisme est souvent un véritable révélateur de certains dysfonctionnements dans l’entreprise et notamment du climat social. S’il augmente dans un service, l’explication réside peut-être dans certains événements, l’arrivée d’un nouveau responsable, des modifications dans l’organisation … D’où la nécessité d’être à l’écoute, de repérer les signes qui doivent alerter sur le désengagement des collaborateurs afin de prendre les mesures ad hoc.

Cela passe souvent par des initiatives pour améliorer les conditions de travail. Il suffit parfois de réorganiser le temps de travail, comme dans les métiers à pénibilité, pour constater une baisse sensible de l’absentéisme. De même, la mise en place d’horaires flexibles, mieux adaptés aux mères de famille par exemple, ou une optimisation de l’ergonomie des postes peut aussi donner de bons résultats.

D’ailleurs, il est intéressant de noter que les entreprises qui ont signé un accord social concernant la prévention de la pénibilité, le télétravail ou la qualité de vie au travail, affichent un taux d’absentéisme deux fois inférieur aux autres.

Du reste, en matière de prévention, certaines sociétés ne lésinent pas pour améliorer les conditions de travail des salariés. Cela peut aller de la campagne de vaccination contre la grippe jusqu’à des mesures d’accompagnement pour les personnes souffrant de dépendance. Une communication constructive avec le médecin du travail permet également une meilleure prise en charge des risques. Une démarche à ne pas négliger si l’on veut voir baisser les accidents du travail et les maladies professionnelles.

Autre angle d’attaque : la sensibilisation et la formation des managers. Ils sont un chaînon indispensable pour lutter contre l’absentéisme. Il est donc essentiel de les impliquer, au même titre que les RH, afin qu’ils boostent et motivent les équipes. Une bonne gestion des carrières, incluant des formations, mettant en avant des perspectives d’évolution, ne peut que favoriser l’engagement des collaborateurs.

Enfin, il ne faut pas oublier de mettre l’accent sur la communication plus globale autour du projet d’entreprise. Informer régulièrement les collaborateurs donne du sens au travail et évite les incompréhensions, sources de démotivation.

La carotte et le bâton … à manier avec précaution

Bien entendu, il existe des méthodes moins consensuelles pour lutter contre l’absentéisme. Mais sont-elles réellement efficaces ? La contre-visite médicale par exemple peut s’avérer utile lorsque l’absence abusive est manifeste. Certes, on estime que 40% seulement des contrôles effectués justifient un arrêt maladie. Cela dit, cette procédure coûte cher à l’entreprise. De plus, elle va souvent à l’encontre du résultat escompté. Elle donne à l’employeur une image répressive et instaure souvent un climat de suspicion.

De la même façon, la prime de présentéisme ou d’assiduité est à utiliser avec précaution.  D’une part, elle constitue un coût supplémentaire et d’autre part, elle a souvent des effets pervers, en lésant les salariés ayant une absence justifiée.

Pour rester dans un cercle vertueux, il est également préférable de préparer avec soin les entretiens de retour après maladie. Ils peuvent être très bénéfiques pour le salarié comme pour l’employeur, à condition qu’ils ne soient pas discriminatoires, mais au contraire réintègrent le collaborateur dans les meilleures conditions.

Trouver le juste équilibre

En définitive, lutter contre l’absentéisme revient à prendre régulièrement le pouls des équipes et maintenir leur motivation à un juste niveau… sans tomber dans l’excès inverse.

Certaines entreprises, en particulier celles du secteur de la communication ou les start-ups souffrent en effet d’un mal étrange : le présentéisme. Rester au bureau jusque tard le soir, venir travailler en étant malade, ne pas prendre ses RTT etc , cet excès de zèle est parfois valorisé et interprété comme une forte implication de la part du salarié. Or, le collaborateur qui se tue à la tâche perd souvent en efficacité, en productivité et en motivation. Et il n’est pas rare que cette assiduité excessive préfigure un burn-out ou une dépression, avec à la clé… un arrêt de travail plus ou moins prolongé !

Avez-vous déjà mis en place des dispositifs pour lutter contre l’absentéisme dans votre entreprise ?

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1 commentaire
  1. Les entreprises hésitent à embaucher, les syndicats sont arcboutés contre une révision du Code, donc en cas d’afflux de commande on demande plus aux présents, d’où burnout. Ce n’est pas la seule explication , comme le montre ce qui se passe dans la fonction publique, là c’est plus de 15 jours effet du changement du délai de carence ?

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