Burn out : mieux vaut prévenir que guérir

Plus de 10% des travailleurs français seraient menacés par le burn out. Si ce phénomène est avant tout un enjeu social et humain, il n’est pas non plus sans conséquences sur la compétitivité des entreprises. Pourtant, des mesures de prévention existent. Alors, comment déceler les signes avant-coureurs et mettre en place des actions efficaces ?

« Les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles, explique un spécialiste des risques psychosociaux. « Sous la tension, leurs ressources internes se consument, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte ».

Défini comme un syndrome d’épuisement professionnel, le burn out (littéralement brûlure intérieure) ne survient pas du jour au lendemain. Il est généralement précédé d’une période de stress prolongée qui doit alerter l’entourage.

Faire le bon diagnostic

Première étape : prendre en compte le contexte

La surcharge de travail, la réduction des effectifs, des objectifs difficiles à atteindre, le manque de reconnaissance, sont des facteurs de risques clairement identifiés par les psychologues. Ils pointent également du doigt le manque d’étanchéité entre l’univers professionnel et la sphère privée. Résultat : des salariés de plus en plus sous pression qui n’ont plus de soupape de sécurité.

Deuxième étape : détecter les signaux d’alerte

Tous les collaborateurs ne sont pas égaux devant le stress. Les plus « sensibles » sont souvent les plus perfectionnistes, les plus engagés dans leur travail, ceux qui restent au bureau tard le soir et arrivent tôt le matin.

Ainsi, un salarié proche du burn out est généralement repérable à certains signes :

Signes physiques tout d’abord : fatigue chronique, douleurs musculaires, palpitations, céphalées, troubles digestifs ou du sommeil, prise de poids excessive … Il a également tendance aux comportements addictifs en abusant de certaines substances pour « tenir le coup » (café, alcool, médicaments …). Mais ce sont les signes psychologiques et comportementaux qui sont les plus visibles. Aussi la vigilance s’impose lorsqu’un collaborateur habituellement impliqué montre un manque d’intérêt pour son travail et que sa productivité chute. Même chose s’il a tendance à s’isoler, à fuir les lieux de convivialité, s’il a des difficultés à se concentrer ou s’il se dévalorise en permanence. Il peut également faire preuve d’une fragilité émotionnelle, avec des accès d’agressivité, des crises de larmes, de brusques changements de comportement, ou au contraire d’un total détachement.

 La prévention : un enjeu collectif

Mieux vaut prévenir que guérir

Chacun s’accorde sur ce point, d’autant que ce phénomène du burn out n’est pas inévitable si l’on reste attentif à tous ces signaux d’alerte. Au delà des obligations légales, l’entreprise a tout intérêt à installer des garde-fous, en étudiant l’impact de son organisation sur les salariés et son mode de management afin de mettre en place une démarche de prévention adaptée.

Cette démarche naît d’abord d’une réflexion collective

Mobiliser les différents acteurs de la prévention des risques (RH, CHSCT, service de santé au travail, managers…) permet de mettre les choses à plat. Une étape indispensable pour envisager des actions concrètes, simples et réalistes, sans pour autant bouleverser toute l’organisation de l’entreprise. Le médecin du travail s’avère également d’une aide précieuse pour évaluer certains risques en amont. Il possède souvent des données intéressantes, sur l’absentéisme par exemple et peut recueillir des plaintes déjà exprimées. Enfin, il ne faut pas hésiter à sensibiliser l’ensemble des salariés de l’entreprise et à les associer à la politique de prévention.

 

burnout-mot

Un management responsable

Bien entendu, la fonction de manager prend tout son sens dans cette démarche.

A l’origine du burn out, il y a souvent un sentiment d’isolement et de manque de soutien. Alors, premier mot d’ordre pour le manager : renforcer la cohésion collective.

Plutôt que d’attiser les compétitions individualistes, mieux vaut au contraire favoriser le travail en équipe. Concrètement, il est important de planifier régulièrement des réunions d’échanges pour évoquer les pratiques professionnelles, faire le point sur les projets, apporter son soutien et ses encouragements. On peut aussi organiser des sessions de team builing, des séminaires d’entreprise, pourquoi pas des apéritifs informels pour prendre le pouls des équipes dans un cadre plus convivial. Il est d’ailleurs démontré que le management participatif génère moins de stress au travail, chacun se sentant particulièrement investi.

Le rôle du manager est aussi d’être attentif, notamment pour déceler un changement de comportement chez un collaborateur, désamorcer un conflit ou répartir équitablement la charge de travail. Mieux encore, il est un véritable générateur d’enthousiasme et de motivation. Les salariés au bord du burn out souffrent généralement d’un manque de reconnaissance. Le manager a donc tout intérêt à savoir valoriser les efforts, améliorer le retour sur l’efficacité du travail, voire redéfinir les objectifs s’ils s’avèrent trop ambitieux. Enfin, il peut veiller à limiter le sur-engagement de certains collaborateurs. Pas d’échanges professionnels à des heures tardives, ni pendant les arrêts maladie ou les congés maternité … Quelques règles simples qui évitent trop de perméabilité entre vie privée et vie professionnelle et permettent à chacun de prendre du recul.

Mots clés associés

Partagez cet article

11 commentaires

  1. Faire illusion pour ne pas s’attaquer au mal.

    L’article évoque la prévention des risques qui prend naissance dans ‘une réflexion collective’, certes!. Mais qu’en est-il avec les accords ANI et de son prolongement avec la loi Macron ?
    -Les CHSCT vont disparaître en tant que tel.
    – La médecine spécialisée (du travail) disparaitra progressivement (trop cher pour le MEDEF).
    Il n’y a que des effets placebo pour lutter efficacement contre le burn-out dans ce monde où prédomine la rentabilité à outrance.C’est trop souvent le travailleur qui est remis en question et rarement l’organisation.

    Et si c’était le travail qui était malade ?

    1. et quand l’ équipe de management au vu de votre situation met tout en œuvre pour vous déstabiliser afin de vous faire craquer?

  2. Le burn-out est la conséquence d’une fatigue accumulée consécutive à un sommeil non réparateur. Il conviendrait alors d’agir en amont pour lutter contre les causes de la mauvaise qualité de ce sommeil due essentiellement au stress lié a des conditions de travail inadaptées tant du point matériel qu’humain. Et pourtant, il suffirait d’une politique de santé adaptée au sein de l’entreprise soit mise en place pour éviter bon nombre de burn-out avec le taux d’absentéisme qu’il entraîne. C’est ce que j’ai remarqué en installant un service de massage pérenne en entreprise où j’ai même vu les collaborateurs dont c’était le jour de congé, revenir pour se faire masser.
    Ce service permet également aux leaders de témoigner a leurs employés la reconnaissance du travail effectué dont ils ont tant besoin et de enrouer ainsi un certain dialogue. Hélas, les entreprises ont encore du mal (quoique de moins en moins) à installer un tel service, ce service qui replacerait l’Homme au centre de l’Entreprise!

  3. Le massage au travail, OUI, cela destresse, et valorise l employé (e).
    L’apéritif dînatoire ne peut être que positif avant, pendant ou après une réunion : direction et employé (es). C est une façon décontractée et conviviale de se retrouver.

  4. J’ai ete VICTIME de burn out. J’ai fait 3 tentatives de suicide. Mon employeur de l’epoque une GRANDE BANQUE FRANCAISE « NE COMPRENAIT PAS CE QUI M’ARRIVAIT ». Je suis en + bipolaire. Je suis en INVALIDITE et dans l’INCAPACITE de travailler.

  5. Il faut aussi prendre en compte les autres facteurs environnementaux. Phtalates. Perturbateurs endocriniens sommeil alimentation rythme de vie habitat.

  6. faire le point sur sa vie et reconsidérer les priorités. Le travail ne doit jamais être la priorité numéro 1. Recentrer son intérêt sur son bien être, ses passions, sa famille, l’entraide et bien d’autres belles choses de laVIE. Katichka ça n’a pas dû être facile, merci pou ce partage.

  7. quelques pistes anti burnout :
    thomas d’ansembourg – cessez d’être gentil soyez vrai, être heureux ce n’est pas nécessairement confortable (et ses conférences sur youtube)
    christophe medici – la HQR, gérer les personnes toxiques (et ses conférences/vidéos sur youtube)
    christophe andré – les états d’âmes, libres imparfaits et heureux (et ses vidéos/conférences sur youtube)
    hervé TCHDRY – spécialiste de la préparation mentale, son travail titanesque en vidéo sur youtube/facebook

    en lecture : la priorité aux priorités, ou comment ne plus mettre l’urgence au centre des priorités.
    l’art de l’essentiel de dominique loreau (ou comment nos objets ont une emprise sur nous et un désencombrement peut être utile)

    redécouvrir la simplicité, la ballade à pied, la poésie, le ralentissement.
    l’idée n’est pas de toujours acquérir, chercher à l’extérieur, mais être.

  8. Il n’y a pas que dans les entreprises privées que le mauvais management cause des ravages. Je travaille à l’éducation nationale et peux affirmer quaujourd hui, les chefs d’établissement sont des incapables pour gérer les équipes, agissent avec brutalité, mépris, exigent des « résultats », n’ont pas intérêt à valoriser leurs équipes et pour diriger de manière toute puissante leur établissement public de plus en plus autonome, ils divisent, épuisent, infantilisent des enseignants qui n’ont guère de recours. Je suis de ces enseignants hyper investi dans son métier, qui ne compte pas ses heures, multiplie les projets pour ses élèves. Ma seule ressource pour ne pas sombrer dans ce stress uniquement dû au refus de la direction de m’accorder la moindre reconnaissance, ce sont les vacances d’été dont la coupure , longue, m’évite chaque année, j’en suis certaine, le burn out.
    Ces pratiques ne sont pas dénoncées au sein de l’éducation nationale, souvent le discours convenu est de rire de toutes ces vacances des profs, et bien je vous assure que cette année, malgré mes 15 ans de métier, j’ai senti que je perdais pied, physiquement, moralement, à cause de ce management inexistant, pire, volontairement déterminé à ne pas distinguer les « bons » des autres. Ne soyons pas dupes, tout le monde a le souvenir de super prof et de prof nul….et bien à l’éducation nationale il est inconcevable de mettre en valeur ceux qui se distinguent, au nom d’une hypocrisie de corps aujourd’hui d’un autre âge. Nous sommes le 15 août bientôt, j’ai à peine retrouvé le sommeil si réparateur et indispensable pour exercer mon métier avec les jeunes adolescents. Les symptômes que vous décrivez dans votre article correspondent à ce mal être tant douloureux à vivre quand, par ailleurs, on adore son métier. A un moment, la nécessaire reconnaissance devient essentielle pour continuer à travailler, donner du sens. L’éducation nationale en France a des années de retard dans la gestion de son personnel. Elle ressemble à ce que les entreprises faisaient il y a 10 ans. La prise de conscience est terriblement loin.

  9. Assistante sociale dans un service penitentiaire de probation, j’ai tenté en 2014 d’alerter CHSCT et comités techniques sur un épuisement professionnel massif. Sans aucune réponse.
    Quelques mois plus tard: le commentaire de la cadre supérieure immédiate : « Alors, tu es contente, tu l’as dit à tout le monde ! » Affligeant.
    Je suis maintenant en arrêt depuis des mois avec une pathologie qui s’aggrave.

  10. On n’aborde pas le burnout du chef d’entreprise qui souffre de maux similaires mais pas nécessairement issus de son organisation….

Envie de commenter cet article ?

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Vérification de sécurité *

Haut de page

Inscrivez-vous à la newsletter Mag’RH ! et recevez toute l’actualité RH par email.

Loi Informatique et Libertés Ne plus afficher