BON et Bien : quand le social business ouvre les portes de l’emploi

Prenez des tonnes de légumes écartés du circuit de distribution classique, ajoutez une bonne dose d’aide à la réinsertion, saupoudrez du savoir-faire de grands chefs…
Vous obtenez la recette de l’entreprise BON et Bien, qui produit chaque jour plus de 400 litres de soupe tout en favorisant le retour à l’emploi de chômeurs de longue durée.
Une initiative originale née de la réunion de sociétés privées et d’associations oeuvrant en faveur d’une économie plus durable.

Lutter contre le gaspillage alimentaire et favoriser la réinsertion

Le projet de l’entreprise BON et Bien est né d’un constat tout simple. Avec presque 13% de personnes sans emploi, le Nord-Pas-de-Calais arrive au deuxième rang des régions les plus frappées par le chômage en France.

Parallèlement, le gaspillage alimentaire ne cesse de croître dans l’hexagone. Plusieurs milliers de tonnes de légumes sont ainsi mis au rebut chaque année, soit presque 50% de la production ! Leur seul tort : ne pas être en conformité par rapport aux normes exigées par les industriels de l’agro alimentaire et aux critères de vente de la grande distribution.

Pas assez d’emplois, trop de gaspillage… C’est ainsi que l’idée d’une entreprise éco-responsable a germé.

Plusieurs partenaires se sont alors regroupés et ont retroussé leurs manches pour créer un social business et produire des soupes à partir de la collecte de ces légumes non utilisables. Mc Cain, l’expert de la pomme de terre, a ainsi travaillé sur l’aspect technique et abrite la chaine de production des produits. E.Leclerc en assure la commercialisation, tandis que Randstad apporte ses compétences dans le domaine du recrutement et de l’insertion professionnelle.

En plus de ces entreprises privées, des organisations à but non lucratif ont également mis la main à la pâte.

Clément Marot et Maxime Schelstraete

Clément Marot et Maxime Schelstraete

Les Banques alimentaires se sont mobilisées en portant le projet auprès des institutions régionales et des administrations.

Le GAPPI (Groupement des Agriculteurs Producteurs de Pommes de terre pour l’Industrie) est intervenu en rassemblant des producteurs de pommes de terre régionaux, ainsi que des producteurs d’endives, de betteraves et de carottes.

Et pour garantir le succès de ces soupes de qualité, l’entreprise a fait appel à deux grands chefs de la région, Maxime Schelstraete et Clément Marot qui ont élaboré différentes recettes aussi originales que savoureuses.

Un tremplin pour l’emploi

Et il est vrai que depuis sa mise en place au mois de mai dernier, l’atelier solidaire BON et Bien installé à Templeuve dans l’hypermarché Leclerc, tourne à plein régime.

vignette4Les employés embauchés en contrat d’insertion travaillent avec enthousiasme. Ils savent du reste qu’à terme, ils seront orientés vers des emplois pérennes. Car l’atelier est avant tout un tremplin pour les chômeurs de longue durée de la région pour réintégrer le marché de l’emploi. Recrutés et accompagnés par les agences Randstad, ils sont passés maîtres dans l’art de fabriquer la soupe de A à Z.

Et mieux encore, ils bénéficient d’un coaching personnalisé et d’un parcours de formation qui sera un véritable plus lorsqu’ils quitteront l’entreprise. Six personnes ont été embauchées pour démarrer l’aventure. Ils sont neuf aujourd’hui, et d’autres postulants sont en formation pour rejoindre l’équipe. Leur profil ? Des personnes éloignées de l’emploi depuis plusieurs années, jeunes ou moins jeunes.

Mais pour tous, ce travail représente « une dernière chance », comme pour cette mère de famille qui a cumulé plusieurs petits boulots avant d’être sélectionnée par Randstad. « Cette fois, je vais bénéficier d’une formation et avoir un diplôme. Ca va me permettre de me stabiliser » dit-elle.

 

Le point de vue de...

jean-paul-sternJean-Paul Stern

Chargé de mission insertion chez Randstad

 

Mag RH : Comment est née l’idée de rassembler plusieurs entreprises pour créer un social business ?

Jean-Paul Stern :

Mc Cain avait déjà tenté une expérience en Amérique du sud pour redynamiser l’agriculture et ramener les paysans dans les campagnes. En France, nous avons aussi mis en place une opération glanage. Dix tonnes de pommes de terre ont ainsi été récoltées et transformées en flocons de purée mis en vente dans les magasins Leclerc. Le projet incluait aussi bien sûr un volet réinsertion. Les produits se sont vendus comme des petits pains ! Alors, nous avons décidé d’aller encore plus loin.

Mag RH : Avez-vous obtenu des subventions ?

Jean-Paul Stern :

Nous n’avons rien demandé ! L’idée était de mettre sur pied une entreprise autonome, une S.A.S. Pas de financements publics, pour éviter de mettre en péril l’opération. A l’heure actuelle, il est difficile d’obtenir des subventions et les aides gouvernementales ont plutôt tendance à fondre comme neige au soleil ! Mais surtout, nous avons voulu capitaliser sur des modèles d’insertion différents et innovants.

Mag RH : Concrètement, quelle a été la mission de Randstad ?

Jean-Paul Stern :

Le groupe est intervenu principalement dans la gestion des ressources humaines. Nous avons proposé des contrats de professionnalisation d’un an à des personnes éloignées de l’emploi. Les premières embauches ont eu lieu l’année dernière et nous avons ainsi recruté des conducteurs de machines et des conducteurs de ligne. Mais notre rôle ne s’arrête pas là. Le but est d’installer un vrai turn-over, pour que ces personnes puissent trouver un emploi durable par la suite. Nous les accompagnons à travers un programme de formations, mais pas seulement. Nous les aidons dans les démarches de recherche d’emploi, l’élaboration du CV etc … Il faut aussi lever certains freins qui empêchent le retour sur le marché du travail, l’isolement, le surendettement, les problèmes de logement ou de déplacements … Et ça marche ! Aujourd’hui, deux des employés vont quitter l’atelier en mars avec de sérieuses pistes d’embauche.

Mag RH : Une démarche d’entreprise responsable qui s’inscrit bien dans la culture de Randstad ?

Jean-Paul Stern :

Tout à fait ! L’entreprise revendique ses labels «Egalité professionnelle» et «Diversité» ! Ce projet correspond parfaitement à notre culture et à nos ambitions, il colle à notre ADN. Même si ce n’est pas notre cœur de métier, tout s’est mis en place naturellement. D’ailleurs, il y a une certaine fierté de la part des collaborateurs qui participent à cette aventure. Fabriquer de bons produits tout en favorisant la réinsertion, c’est du gagnant-gagnant pour tout le monde !

Mag RH : Comment voyez-vous l’avenir ?

Jean-Paul Stern :

Nous souhaitons développer l’entreprise, en faire un projet économiquement viable et durable. Montrer que rentabilité et insertion sont compatibles. On peut élaborer des produits haut de gamme et créer de l’emploi, cela donne du sens au travail. Du reste, des projets similaires peuvent être adaptés à d’autres régions. En Bretagne, dans le Sud Ouest par exemple, le taux de chômage reste élevé et il y a beaucoup de surproduction. Si ce projet fait des émules auprès d’autres entreprises, alors tant mieux !

BON et Bien en chiffres

  • 400 litres de soupe produits chaque jour aujourd’hui
  • 150 000 litres de soupe en prévision pour 2016
  • 40 tonnes de pommes de terre récoltées la première année + 20 tonnes d’endives, d’oignons et de carottes

  • 5 partenaires mobilisés dans la création et la production : Mc Cain, Randstad, E.Leclerc, la Banque alimentaire, le GAPPI
  • 1 prix spécial européen du jury Convergences décerné à l’entreprise en septembre 2014*

* Le prix du jury Convergences récompense les sociétés qui prennent en compte les enjeux économiques, sociétaux et environnementaux

 

 

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