Reprise d’entreprise : pourquoi pas les salariés ?

Céder son entreprise est une décision importante. Pourquoi ne pas envisager tout simplement de la transmettre à ceux qui la connaissent sur le bout des doigts : les salariés ! Un modèle pertinent et souvent durable, qui fait de plus en plus d’adeptes dans un contexte de crise, boosté par certains dispositifs fiscaux incitatifs. Alors, comment franchir le pas et laisser la barre en toute confiance au nouvel équipage ?

Un projet collectif

La condition sine qua non pour mettre en place la transmission de l’entreprise tient en deux mots : confiance mutuelle. Bien entendu, un tel projet ne peut être envisagé si le dirigeant et ses salariés sont en conflit. Il faudra également identifier le « successeur », car même dans une Scop, il est nécessaire de nommer un collaborateur capable de faire des choix et d’assumer les décisions. Généralement, on choisit un cadre dirigeant qui a déjà démontré ses compétences et ses qualités d’écoute et de pédagogie. Cela n’empêche pas de miser également sur les bénéfices du management participatif et la force de la volonté collective, essentiels pour donner le bon cap à l’entreprise. Et puis, pour augmenter les chances de réussite et combler les éventuelles lacunes des nouveaux dirigeants, il existe aujourd’hui un large éventail de formations, aussi bien dans les domaines du management, de la finance qu’en matière de gestion coopérative.

4 bonnes raisons de transmettre l’entreprise aux salariés

Assurer la pérennité de la société :

Une étude Oséo publiée en 2010 révèle que transmettre une entreprise à ses salariés réduit de 20 à 50% le risque de disparition dans les 5 ans ! Les équipes ne changent pas, elles assurent le travail avec leur savoir-faire et leur connaissance du métier… et une motivation souvent accrue. Et il est vrai que les salariés eux-mêmes sont plus confiants dans leur avenir. Ils peuvent même espérer augmenter leurs revenus tout en grimpant dans l’échelle sociale et en gagnant en autonomie. Au-delà d’une simple opération financière, ce projet est aussi une manière de réaffirmer les valeurs de l’entreprise et de les perpétuer.

Sauvegarder les emplois :

Eviter les « découpages » des activités et les délocalisations permet de diminuer les risques de licenciements qui accompagnent fréquemment une vente à un repreneur lambda. Et puis, le mode de gestion généralement participative incite à la rigueur et à la sagesse. Conséquences : moins d’excès et de gaspillage … et plus de bénéfices.

Eviter le casse tête de la succession :

Pas besoin de rechercher un repreneur extérieur et de passer des heures à trouver celui qui sera conforme aux attentes. Les salariés de l’entreprise la connaissent comme personne, maitrisent les process et les produits, et sont donc immédiatement opérationnels.

Assurer une transition en douceur :

Beaucoup de chefs d’entreprise poursuivent une activité au sein de la société. Ils peuvent ainsi assumer le rôle de relais et se consacrer à ce qui les motive réellement, recherche et développement, transmission des savoirs… C’est aussi le changement dans la continuité puisque la société peut conserver ses partenaires habituels, clients, banques, fournisseurs …

Dans ces conditions, l’entreprise conserve son statut, son identité, son histoire…, en un mot son ADN.

reprise

Montages financiers et avantages fiscaux

Financer une reprise d’entreprise ne nécessite pas des moyens exorbitants. Dans le cas d’une Scop, les apports personnels n’excèdent pas 30% du montant global si l’on opte pour un montage de rachat via une holding. Le reste du budget étant fourni par les banques, les subventions régionales ou départementales.

Concrètement, les salariés (tout ou partie) créent donc une société holding dans le but de racheter totalement ou partiellement les titres de l’entreprise d’origine. La holding souscrit alors un emprunt auprès d’une banque pour acquérir ces parts ou ces actions. Les dividendes distribués ainsi permettront d’honorer les échéances du prêt.

Côté fiscalité, les sociétés holdings constituées en vue du rachat et soumises à l’impôt sur les sociétés bénéficient d’un crédit d’impôt (à condition que le capital soit détenu par au moins 15 salariés ou 30% de l’effectif si la société n’excède pas 50 salariés).

Les salariés eux-mêmes pourront bénéficier d’une réduction d’impôt pour souscription au capital d’une PME.

Un accompagnement indispensable

Prêt à sauter le pas ? Alors, il va falloir prendre le taureau par les cornes et installer toutes les conditions managériales, juridiques, financières et humaines de la transition.

Car même si salariés et dirigeant ont un long passé de collaboration commune, il est tout de même nécessaire de faire appel à des experts externes. Du reste, l’implication d’intervenants neutres apporte souvent une certaine objectivité dans un contexte où l’affect joue un rôle important.

Premiers acteurs incontournables dans le processus : les experts-comptables. Leur rôle est essentiel puisqu’ils procèdent à l’évaluation de l’entreprise et mènent les audits financiers. Les avocats sont également plébiscités pour effectuer le montage juridique et fiscal et préparer l’acte de cession. Sans oublier bien sûr les banquiers, qui apportent le nerf de la guerre et leur savoir-faire dans le montage financier. Et la liste des intervenants n’est pas exhaustive. On peut également recourir à l’expertise des notaires, des chambres consulaires, voire à des associations spécialisées dans la transmission de PME (les CRA, notamment, qui sont animées par d’anciens dirigeants bénévoles). Enfin, les équipes spécialisées des Unions Régionales des Scop peuvent apporter une aide précieuse et proposent un accueil et un suivi personnalisés à chaque étape de la transmission.

Toutes les conditions seront alors réunies pour constituer un patrimoine collectif et assurer la solidité financière et la pérennité de l’entreprise. Karine Iglicki, responsable Expertises chez BPI Group va même encore plus loin :

« Au-delà de la sauvegarde et de la création d’emplois, la reprise d’entreprise peut jouer un rôle majeur en matière de développement économique et de création de richesses en France, une réussite économique doublée de la certitude de la non délocalisation et de l’ancrage de l’activité sur le territoire ».

Un argument de plus pour franchir le cap …

SCOP ou LMBO ?

SCOP ou LMBO : deux conceptions différentes de la reprise d’entreprise

S’il existe plusieurs façons de transmettre une société, la Scop et le LMBO se taillent la part du lion, avec toutefois certaines particularités :

LMBO (Leveraged Management Buy-Out) :

Le LMBO, très développé dans les pays anglo-saxons, est un processus de rachat par des investisseurs associés aux cadres dirigeants (plus rarement avec les salariés), qui permet de prendre le contrôle d’une société avec un apport personnel minimum. L’acquisition est financée par un emprunt bancaire remboursé par les profits. Cette opération s’apparente essentiellement à un projet de développement d’une entreprise saine, et non à une opération de sauvetage.

Scop (Société coopérative de production) :

C’est une forme particulière de SA ou SARL soumise au respect de principes coopératifs. Mutualisation des moyens, accession à la responsabilité … les Scop bénéficient généralement d’une gouvernance plus démocratique, avec des salariés associés majoritaires. La répartition des résultats est affectée en priorité à la pérennité des emplois et au projet d’entreprise. Cette structure est donc particulièrement adaptée aux projets à ancrage local, avec un savoir-faire très spécifique.

 

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