Rebondir après un dépôt de bilan

Salarié d’une société de vente de panneaux photovoltaïques, Thomas Touache se lance dans la création d’entreprise en 2010. Mais, l’aventure tourne court et trois ans plus tard, c’est le dépôt de bilan. Thomas a l’âme d’un entrepreneur. Il ne baisse pas les bras et monte alors un autre projet en s’efforçant d’éviter les erreurs passées. Preuve que l’on peut apprendre de ses échecs pour se donner une nouvelle chance.

Portrait de...

Thomas Touache

Créateur et associé de la société Technisol.

Monter ma propre entreprise, c’est un rêve qui me hantait depuis de nombreuses années. J’étais salarié, responsable commercial dans une société de vente de panneaux photovoltaïques dans la région de Marseille. Petit à petit, l’idée a germé et s’est imposée à moi. J’avais envie de créer, de gérer une affaire sans avoir de comptes à rendre à personne. J’ai toujours eu cet état d’esprit et je savais que ce mode de vie me correspondait parfaitement. En 2010, je me suis jeté à l’eau !

J’ai très vite obtenu de bons résultats. Je connaissais bien le secteur. J’avais travaillé pendant plusieurs années dans la vente directe aux particuliers et le marché des panneaux photovoltaïques n’avait plus de secrets pour moi !

Durant la première année, le carnet de commandes était plein et l’entreprise était plus que prometteuse.

Et puis, la nouvelle législation est tombée comme un couperet ! Avec la baisse des crédits d’impôts, le secteur des énergies renouvelables a été touché de plein fouet. Et l’effet rétroactif de ces mesures n’a pas arrangé les choses. Pratiquement du jour au lendemain, les clients nous ont tourné le dos. L’investissement dans le photovoltaïque n’était soudainement plus rentable ! Il fallait réagir rapidement. Alors, dès la deuxième année, j’ai tout misé sur la qualité des produits. Et je suis reparti en campagne avec une nouvelle gamme améliorée. Mes efforts ont été vains. Le mal était fait, d’autant plus que les médias n’étaient pas non plus de notre côté et n’ont rien fait pour rassurer les consommateurs. Au bout de 3 ans, la société s’est trouvée confrontée à de sérieuses difficultés. Nous avons commencé à accumuler les dettes. Nous devions rembourser 90.000 €, entre les cautions personnelles, les découverts bancaires et les frais d’investissements. Il fallait aussi gérer tous les retards de paiements, les loyers, les assurances… et bien sûr les charges sociales et les salaires.

Cette situation était d’autant plus difficile à supporter que nos compétences n’étaient pas remises en cause.

Nous devions nous battre contre un ennemi extérieur, impossible à maitriser : les nouvelles donnes de la législation, amplifiées par la rumeur médiatique. Le crédit d’impôt accordé aux particuliers a diminué de moitié et les tarifs de rachat d’électricité ont été revus à la baisse. Un coup dur pour les clients … et pour nous !

Alors, nous avons dû nous résoudre à l’inévitable : le dépôt de bilan.

Nous ne pouvions plus honorer les salaires, et c’était la seule façon de « couvrir » nos collaborateurs. Ils ont pu ainsi percevoir leurs indemnités de licenciement. Evidemment, cela ne s’est pas fait de gaieté de cœur et nous avons essuyé de nombreux reproches. Il est vrai qu’un licenciement est toujours difficile à accepter, même lorsqu’il n’y a pas d’autres solutions. Pourtant, je pense que c’est encore bien pire pour le chef d’entreprise.

A ce moment là, j’ai eu le sentiment de tout perdre, d’être touché au plus profond de moi, de n’être plus personne. On se pose inévitablement certaines questions, on ne parvient plus à se définir, ni à se projeter, tant le destin d’une société est mêlée à celui de son créateur.

Et puis, on doit aussi faire face aux problèmes matériels. A cette époque, mes enfants étaient encore tout petits, et il fallait remplir le frigo et payer le loyer ! Même si j’étais anéanti, je ne pouvais pas me permettre de baisser les bras. Heureusement, mon expérience m’avait permis de me constituer un bon réseau relationnel. J’ai donc trouvé rapidement un job de responsable commercial. Ce n’était pas facile de travailler à nouveau comme salarié, mais je n’avais pas le choix. J’ai profité de cette période pour faire le point.

J’ai pris du recul et je me suis recentré sur ma famille et nos objectifs.

Finalement, cette période a été salutaire. J’avais besoin de cette transition pour retrouver l’envie d’entreprendre, pour évacuer les craintes et prendre un nouveau départ. J’avais alors un poste de commercial dans une société de traitement des toitures et d’isolation. Je découvrais peu à peu ce nouveau marché et j’ai commencé à m’intéresser de près aux nombreuses opportunités qu’il pouvait offrir. Je faisais souvent équipe avec un autre commercial qui partageait mon point de vue et qui souhaitait, lui aussi, se lancer dans l’aventure de la création d’entreprise. Il ne restait qu’à franchir le pas. Un an après, la société Technisol était née !

On apprend toujours de ses erreurs ! C’est pourquoi je n’ai pas conservé le mode fonctionnement et de gestion de mon ancienne entreprise.

Avec mon associé, nous avons voulu réduire les charges fixes au minimum. Pour le moment, nous gérons l’entreprise comme une petite structure,  nous travaillons avec des indépendants, au coup par coup. Pas d’extras, pas de voitures de société… les charges se limitent à nos deux salaires et les cotisations sont établies au jour le jour. A nous deux, nous réalisons 80% du chiffre d’affaires, les 20% restants provenant des apporteurs d’affaires. C’est un mode de fonctionnement totalement différent. Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus près du terrain, sans être dépendant de qui que ce soit. Evidemment, le CA est sensiblement revu à la baisse par rapport à mon ancienne société, mais la marge est bien plus importante.

C’est la principale leçon que j’ai tirée de mon expérience passée : dans le contexte actuel, mieux vaut voir plus petit, miser sur la marge et être au cœur du métier, plutôt que de monter des projets peut-être trop ambitieux et finir étranglé par les frais et les cotisations !

L’entreprise a maintenant plus de 6 mois et pour le moment, tout va bien ! Certes, j’ai encore 50.000 € de dettes à rembourser, mais j’ai demandé des échéanciers au RSI (Régime Social des Indépendants) pour pouvoir les étaler. Il ne faut pas hésiter à saisir la Commission sanitaire et sociale. C’est vital si l’on veut s’en sortir et cela n’a rien d’humiliant. D’ici un an ou deux, je pourrai oublier cette mauvaise passe. Avec le recul, je réalise que les échecs sont souvent salutaires. J’ai beaucoup appris de mes erreurs et d’une certaine manière cette expérience malheureuse m’aura aidé à rebondir.

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1 commentaire
  1. Merci!
    Petite larme d émotion a la lecture de cet article

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