Les femmes ont-elles pris le pouvoir dans l’entreprise ?

Françoise Giroud affirmait en 1983 : « La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente ». Sous l’ironie du propos transparaissait pourtant une réalité tangible. Trente ans plus tard, les femmes sont de plus en plus nombreuses à s’imposer aux postes à haute responsabilité ou à créer leur propre entreprise. Mais sont-elles pour autant considérées de la même façon que leurs homologues masculins ?
A l’occasion de la Journée internationale de la femme du 8 mars 2015, le Mag’RH fait le point sur le leadership des femmes dans le monde du travail.

Egalité hommes-femmes : l’écart se réduit

Bonne nouvelle : le rapport du Forum Economique Mondial présenté en 2014 indique que l’égalité hommes-femmes est en nette progression dans de nombreux secteurs d’emplois. Elève médiocre jusqu’à ces dernières années, la France grimpe ainsi de la 45ème, à la 16ème place.

Première explication à ces résultats encourageants : la loi Zimmermann-Copé pour la parité, adoptée en 2011. L’instauration d’un système de quotas dans les conseils d’administration a permis de multiplier par 4 le nombre de femmes en quelques années. Leur taux de représentation a donc bondi de 7 à 30%, avec un objectif de 40% en 2017.

Autre accélérateur : le rôle de plus en plus déterminant des réseaux d’influence de femmes dirigeantes. Très actifs et médiatisés, ces réseaux sont souvent à l’origine de nombreuses initiatives qui favorisent la mixité et la diversité. En permettant aux femmes d’échanger, de tisser des liens, de s’enrichir des expériences des autres, ils ont largement contribué à faire évoluer les mentalités. Désormais, les femmes qui réussissent sont reconnues et peuvent à leur tour apporter leur soutien à d’autres femmes. C’est du reste dans cet esprit que s’est développé le mentorat. En accompagnant des femmes à fort potentiel, les « mentors », autrement dit les professionnelles expérimentées du secteur ou de l’entreprise, les aident à gérer leur carrière, et surtout à lever certains freins.

Un management au féminin ?

Il semblerait que les efforts réalisés en faveur de l’égalité finissent donc par payer. Dans les faits, mais aussi dans les mentalités.

Selon l’étude réalisée par l’IFOP en 2014, les femmes de pouvoir seraient de mieux en mieux reconnues pour leurs talents et appréciées pour leur courage, leur engagement, leur force de conviction et leur créativité.

Existe t-il pour autant un management typiquement féminin ?

Sans entrer dans le débat sur les rapports entre éducation, histoire, image sociale et biologie qui nécessiterait bien plus d’un article, il est indéniable que l’exercice du pouvoir chez les femmes se traduit différemment que chez leurs homologues masculins. Certains analystes observent chez les « manageuses » une plus grande ouverture d’esprit et un véritable sens de l’écoute. Elles savent se remettre en questions et accepter les idées de leurs collaborateurs. En conséquence, les rapports hiérarchiques sont souvent moins marqués. Les femmes s’imposent plus « en douceur » et savent faire preuve de diplomatie et d’empathie, d’où l’attention particulière qu’elles portent généralement au relationnel et à la communication. Ainsi, elles s’efforcent de réduire la compétition entre les collaborateurs pour favoriser avant tout l’esprit et la cohésion d’équipe.

Une autre étude réalisée dans le cadre du Women’s Forum for the Economy and Society montre également que face aux difficultés, elles ont tendance à vouloir résoudre les problèmes en profondeur, à la source et ne s’attachent pas seulement à gérer la crise et ses effets immédiats. Dans les entreprises qui privilégient le travail collaboratif, ce type de management a certainement de l’avenir. Les jeunes générations sont en effet plus sensibles à un leadership moins autoritaire, qui laisse la part belle à une plus grande autonomie et au partage des idées.

Des préjugés encore bien ancrés

Malgré tout, le chemin vers l’égalité parfaite est encore long et les obstacles parfois difficiles à surmonter. Si les mentalités évoluent, certains préjugés ont la vie dure. Les postes à responsabilité restent majoritairement occupés par des hommes, à compétences et diplômes égaux, voire supérieurs. Précisons d’ailleurs que la Loi Zimmermann-Coppé sur la parité ne concerne pas les comités de direction. La plupart des observatoires pointent du doigt un nombre insuffisant de femmes dans ces comités : 10% des sièges sont occupés par des femmes, alors qu’elles représentent presque 30% de l’encadrement.

Une certaine forme de machisme serait-il encore de mise dans l’entreprise ? Apparemment oui, si l’on se base sur l’étude effectuée auprès d’un panel de salariés français. Les études se suivent et se contredisent parfois (voir plus haut), mais ces contradictions mêmes reflètent certainement la complexité de la réalité. Les résultats laissent apparaître que, contrairement aux hommes, les femmes seraient nécessairement amenées à quitter leur poste ou à mettre un frein à leur carrière pour fonder une famille. Elles sont aussi considérées comme fragiles et trop émotives pour faire face aux conflits et aux difficultés. Et il est amusant de noter que si un homme autoritaire est admiré, une femme qui a de la poigne sera plutôt perçue comme froide et désagréable !

De nombreuses femmes parvenues au top niveau s’accordent à dire qu’elles doivent faire preuve de plus de volonté et de détermination que leurs homologues masculins. Elles doivent être plus efficaces, plus engagées et souvent justifier leur présence en haut de l’échelle. Elles savent qu’elles n’ont pas droit à l’erreur et sont donc soumises à « l’obligation de performance ».

De plus en plus entreprenantes

femme-pouvoir-entreprise-2Des écarts significatifs subsistent toujours entre hommes et femmes concernant les salaires et l’accès aux plus hautes fonctions de l’entreprise.

Est ce pour cette raison que celles-ci s’orientent de plus en plus vers la création d’entreprise ? Il est certain que l’entreprenariat apparaît comme l’un des sésames pour accéder à des postes de haut niveau rapidement, sans se heurter au fameux plafond de verre. C’est aussi probablement l’une des conséquences de la crise économique qui a encouragé les femmes, plus exposées au chômage, à innover et à ouvrir d’autres voies.

En 2000, les femmes représentaient à peine 20% des entrepreneurs. En 201532% des entreprises sont créées par des femmes.

Ces sociétés sont-elles performantes ? Visiblement oui. Selon le Women Equity For Growth, qui établit chaque année un palmarès des PME dirigées par des femmes, les 50 meilleures entreprises sélectionnées affichent en moyenne plus de 30% de croissance et un taux de rentabilité de 16%. Les autres ne déméritent pas, avec une croissance de 5% et un peu plus de 6% de rentabilité. Des scores globalement supérieurs à ceux des entreprises dirigées par des hommes.

Finalement, on peut dire que les femmes bénéficient désormais de belles opportunités économiques et politiques. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes femmes se lancent dans la création d’entreprise et sont prêtes à prendre des risques.

« Elles tapent aux portes, vont chercher des mentors, des entrepreneuses qui ont réussi et qui les inspirent. Elles s’autorisent beaucoup plus que leurs aînées », explique Viviane Beaufort, fondatrice des programmes Entreprendre au féminin de l’ESSEC.

Il semblerait que la relève soit assurée ! 

Focus sur la Journée internationale de la femme

journee-interniationale-des-femmes-08-mars-2015La Journée internationale de la femme, célébrée chaque année le 08 mars, fournit de plus en plus l’occasion de dresser un bilan des progrès réalisés, d’appeler à des changements et de célébrer les actes de courage et de détermination accomplis par les femmes ordinaires qui ont joué un rôle extraordinaire dans l’histoire de leurs pays et de leurs communautés.

Pour plus d’infos, visitez www.unwomen.org/fr/news/in-focus/international-womens-day

Mots clés associés
Partagez cet article

Envie de commenter cet article ?

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Vérification de sécurité *

Haut de page

Inscrivez-vous à la newsletter Mag’RH ! et recevez toute l’actualité RH par email.

Loi Informatique et Libertés Ne plus afficher