Barejo Productions déjoue le scénario catastrophe

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Dominique Barniaud et sa femme dirigent leur société de production audiovisuelle depuis 22 ans. Un beau parcours qui n’a toutefois rien d’un long fleuve tranquille. Avec l’arrivée massive d’Internet et des nouvelles technologies, l’entreprise est au bord du dépôt de bilan. Entre licenciements et découragements, le couple finit pourtant par redresser la barre. Aujourd’hui, Barejo Productions a gagné en sagesse et a su conquérir de nouveaux clients.

Portrait de...

Dominique Barniaud

Directeur de la société de production audiovisuelle Barejo.

L’aventure a commencé en 1992. A l’époque, j’étais réalisateur de films publicitaires et je travaillais aussi pour la télévision. J’étais en contact avec des producteurs et l’idée a germé petit à petit. Avec ma femme, nous avons alors décidé de créer notre propre société de production audiovisuelle.
C’est ainsi que Barejo Productions a vu le jour, de la contraction de nos deux noms, Barniaud et Jolet. Un patronyme porte-bonheur, qui nous a très vite donné une vraie identité et une image sympathique (c’est aussi l’époque où «les Barjots» de l’équipe de France de hand-ball sont devenus champions !)

Tout est allé très vite. De petite entreprise familiale, Barejo Productions s’est muée en une société beaucoup plus imposante

barejo

En peu de temps, nous sommes passés de 2 salariés à 30, puis 40 et même 50, sans compter les nombreux intermittents. Nous avons bien sûr été obligés de déménager dans des locaux beaucoup plus vastes. Spécialisés dans l’univers musical, nous étions sur tous les fronts, films publicitaires, print … le carnet de commandes ne désemplissait pas. L’âge d’or a duré une dizaine d’années.

Et puis, au début des années 2000, tout a basculé

L’arrivée massive d’Internet et du téléchargement est tombée comme un couperet et a décimé la production musicale.

En à peine deux ans, les maisons de disques ont perdu d’énormes parts de marché, les ventes de disques se sont littéralement effondrées. Tout cela a eu des conséquences dramatiques sur notre métier. Les clients ont mis un gros coup de frein sur la promotion et la communication. Il a donc fallu réduire la voilure, nous avons été contraints de licencier. Se séparer d’une quarantaine de collaborateurs en quelques mois n’a pas été facile. D’abord, licencier coûte très cher. C’est un paradoxe, puisque c’est l’ultime recours lorsqu’il n’y a plus d’argent dans les caisses. Nous avons dû puiser dans nos fonds propres. Heureusement, nous avions réussi à constituer une réserve lorsque l’entreprise était florissante.

Outre l’aspect financier, le licenciement est aussi très douloureux à vivre, y compris pour les dirigeants.

Je me souviens particulièrement d’une réunion durant laquelle je devais annoncer une nouvelle vague de licenciements. Quelques heures après, plusieurs collaborateurs que je souhaitais garder sont venus frapper à ma porte. Ils souhaitaient eux aussi être licenciés car ils ne croyaient plus en l’avenir de la société. Un vrai coup dur. On se sent lâché, totalement isolé.

Bien sûr, aujourd’hui avec du recul, je ne peux pas leur en vouloir. Ils considéraient avant tout leur propre situation, leur famille, leur avenir. Lorsque le bateau prend l’eau, il est normal de vouloir quitter le navire. Pire encore, certaines personnes sur lesquelles je comptais pour redresser la barre, sont parties en «embarquant» les clients pour leur propre compte. Lorsque tout arrive en même temps, on se sent complètement anéanti !

Et puis, petit à petit, nous avons repris confiance. Bien sûr, nous avons traversé des périodes de doute qui déstabilisent beaucoup, surtout lorsque l’on a créé une société familiale et que l’on a mis tous ses œufs dans le même panier.

Certains « bons » conseillers me disaient : «ferme ta boite», mais nous avons tenu le coup. Il faut garder la foi, surtout lorsque l’on aime vraiment son métier. Avoir envie de continuer, de sauver ce que l’on a construit.

Alors j’ai repris mon téléphone et mon bâton de pèlerin et je suis reparti à la conquête de nouveaux clients.
J’ai construit peu à peu un nouveau réseau, j’ai également recontacté d’anciens clients qui s’étaient lancés dans d’autres domaines. Il a fallu s’adapter, reconstruire une clientèle et élargir le champ des compétences.

Nous avons commencé à créer des publicités pour les annonceurs, des billboards, des émissions télé pour la jeunesse, des documentaires …  et bien sûr des prestations pour le web. Parallèlement, nous avons essayé de remettre à flot la trésorerie. Ce n’est pas facile, car les banques sont peu enclines à aider les entreprises en difficulté, c’est le moins que l’on puisse dire ! Nous avons tout de même pu sortir la tête de l’eau grâce au système Dailly*.

Depuis deux ans, Barejo Productions renaît de ses cendres

Nous sommes aujourd’hui une petite entreprise de 10 personnes (dont 4 seulement de l’ancienne équipe), installée dans des locaux beaucoup plus modestes. Une petite équipe soudée et motivée autour de beaux projets. C’est ce qui fait notre force et qui nous donne la volonté de continuer. Tous ces projets nous enrichissent, nous donnent envie de créer, nous aident à retrouver la confiance … même s’ils n’aboutiront pas tous !

Et finalement, je pense que diriger une petite structure me convient mieux. Je suis plus créatif que gestionnaire et aujourd’hui, je suis parfaitement à l’aise dans cette nouvelle organisation plus intimiste.

Avec 50 personnes, il faut être sur tous les fronts, savoir gérer l’administratif, les ressources humaines, les conflits … A 10, les relations sont plus fluides, plus personnelles. Et les charges sont nettement moins lourdes !
Malgré tout, je garde à l’esprit que rien n’est jamais acquis et qu’il ne faut surtout pas se reposer sur ses lauriers.

Dans le système français actuel, il faut se battre tous les jours, être inventif et créatif. C’est la principale leçon que je pourrais tirer de cette expérience. Avec du recul, je prends conscience de mes erreurs. Diriger une entreprise, c’est se remettre sans cesse en question, développer, être dans une dynamique de renouvellement en permanence. Lorsque vous avez beaucoup de travail, vous n’avez plus le temps de développer, ni de diversifier votre clientèle. C’est le piège à éviter absolument.

Je suis désormais dans une démarche active, toujours à la recherche d’activités annexes, de nouveaux clients, de nouveaux créneaux. Et surtout, même si je sais que cela reste fragile, j’ai retrouvé confiance en l’avenir.

Il paraît que la chute d’une entreprise familiale suit la règle des 4 D : Dépôt de bilan, Dépression, Divorce, Déménagement. Finalement, j’ai eu de la chance puisque je suis toujours marié et que Barejo Productions est toujours en activité !

* Dailly (du sénateur Dailly, auteur de la Loi) : Technique destinée à faciliter le crédit au entreprises, elle offre la possibilité pour un créancier de céder ses créances professionnelles à un établissement de crédit.

 

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