Arcade & Co : un rêve d’enfant devenu une entreprise à succès.

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Il était salarié, il est devenu chef d’entreprise. Il travaillait dans la communication numérique, il a tout plaqué pour créer les bornes d’arcade qui ont bercé sa jeunesse – et peut-être aussi la vôtre…

Entretien avec...

christophe-boncourtChristophe Boucourt
Fondateur de Arcade & Co.

Un entrepreneur qui rêve avec les pieds bien sur terre.

 

Le Mag’ RH – Vous avez créé Arcade & Co il y a deux ans. Vous avez toujours eu la fibre entrepreneuriale ?

arcadeco7Christophe Boucourt 
J’ai commencé ma vie active en tant que salarié. J’ai été chef de projet dans une SSII [société de services en ingénierie informatique, aujourd’hui appelée entreprise de service du numérique (ESN)] pendant cinq ans. Puis la société a été liquidée, et j’ai décidé de transformer cette difficulté, le chômage, en opportunité de voler de mes propres ailes, d’être indépendant, en profitant de l’indemnisation pendant dix-huit mois pour créer mon entreprise de communication sur le web.

Je me suis lancé sans aucun état d’âme, seul, et je n’ai écouté qu’un conseil, que l’on m’a donné à maintes reprises : « Lance toi seul, n’embauche pas, car ça dénaturerait ton projet : avec des salariés, tu te mets à exclusivement gérer de l’humain et de l’administratif. » J’ai ainsi pris la voie de l’auto-suffisance pour commencer. J’en ai bien vécu pendant dix ans. Mais, après ces dix années, j’ai perdu la passion : les technologies avaient beaucoup évolué, elles évoluent sans cesse même, or je n’avais plus envie d’apprendre ; je n’avais plus la flamme pour lire des livres jusqu’à minuit.

 

L’entrepreneuriat, une aventure humaine

 

Comment vous est venue l’idée d’Arcade & Co ?

img_3510Je rêvais de fabriquer moi-même une borne de jeu, car j’étais un joueur d’arcade passionné dans ma jeunesse. Mais l’idée d’en faire un business n’a émergé que plus tard, au gré des hasards. Pour apprendre comment créer une borne, je visitais des forums spécialisés sur Internet et je me suis rendu compte que nous étions très nombreux dans mon cas. Le déclic, l’idée de monter une affaire, m’est venu lorsque, sur l’un de ces forums, j’ai rencontré Franck Tourteau – qui est aujourd’hui mon associé.

Au départ, Franck m’a pris pour un fou. Surtout que je lui demandais d’apporter 4 000 euros au capital ! Puis il a été rassuré par le sérieux de ma démarche : j’avais étudié le marché, le prix de revient des bornes notamment, et tous les facteurs montraient que le projet était viable. Surtout, nous avions tous les deux constaté sur les forums qu’il y avait une véritable demande et très peu d’offre.

Et ensuite, comment cette idée est-elle devenue réalité ?

Le travail préparatoire à notre lancement a duré un an. Nous devions gagner nos vies, nous avions donc encore nos activités, alors nous travaillions le soir et le week-end sur notre projet.
Début 2015, nous avons enfin immatriculé Arcade & Co. Nous avons commencé par fabriquer des kits, pour nos clients désireux et capables de monter eux-mêmes leur borne d’arcade. Puis nous avons créé des bornes déjà montées, pour ceux qui ne bricolent pas.

Et alors, comment se porte votre entreprise ? Quel est votre chiffre d’affaires ?

Nous tablons sur un chiffre d’affaires de 100.000 € à la fin de cette année 2016, alors qu’on n’en prévoyait que 60.000 l’année dernière et qu’on ne s’est lancés qu’en mai. Nous sommes donc très contents ! Nous sommes compétitifs notamment parce que nos prix le sont : nous vendons nos bartops à moins de 1 000€ TTC, nos bornes à 2 000.

Qui sont vos clients ?

Beaucoup de particuliers viennent à nous, grâce à notre site vitrine et un webmarketing (sur Le Bon Coin et Facebook notamment) efficaces. Mais nous développons aussi une clientèle professionnelle : récemment, un Laser Quest nous a commandé une borne, tout comme le CNRS, un réalisateur de cinéma pour une publicité, ou encore une salle de sport.

Nous travaillons actuellement à la mise en place d’une offre de location… mais nous sommes un peu justes en effectifs pour mener à bien tous les développements que nous souhaiterions. Aujourd’hui, nous sommes quatre dans l’équipe : mon associé Franck Tourteau (il s’occupe de la technique et des plans ainsi que de la veille technologique), un informaticien (qui gère notre site web et nos réseaux sociaux), une responsable administrative, et moi (qui m’occupe de tout le reste, notamment de la fabrication). Ce n’est pas assez, c’est pourquoi nous recrutons en ce moment. [NDLR : en fin d’article, retrouvez les profils recherchés par Arcade & Co ! L’aventure pourrait vous tenter, vous ou l’un-e de vos proches…]

Quels développements futurs envisagez-vous ?

Le cœur de notre développement, ce sont les bartops. Ils mesurent 50 cm par 50 cm en surface de table – nos produits ne prennent pas trop de place – ce sont même des éléments de décoration. Nous vendons d’ailleurs de plus en plus de mini bornes, pourvues d’un meuble en-dessous, qui sert également de rangement. Nous envisageons aussi de fabriquer des tables à cocktails… mais, également, de grandes bornes d’arcade.

L’année prochaine, nous avons des rendez-vous importants, avec des distributeurs notamment. Le problème, que connaît tout chef d’entreprise qui cherche à croître, c’est que pour produire plus, il faut recruter, ce qui entraîne des besoins en trésorerie beaucoup plus importants. Or, l’URSSAF ou la banque n’attendent pas !

 

Made in France et fait par l’humain : des gages de qualité

 

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Qu’est-ce qui fait votre succès, quelle est votre force par rapport à vos concurrents ?

Nos produits sont made in France. Ainsi, nous maîtrisons toute la chaîne de conception et de production : le design, c’est nous, l’usinage du bois s’opère à Dijon, l’impression est réalisée en France également, et nous réalisons nous-mêmes le montage, l’assemblage et la vérification. Seuls les composants informatiques et électroniques viennent de l’étranger, de Chine en l’occurrence, tout simplement parce qu’il n’existe aucun fabricant français. Mais nous sommes très exigeants avec ces fournisseurs : nous les trouvons via Alibaba, les testons, procédons à de multiples vérifications, échangeons par Skype et par mail…

Au final, environ 80% du produit est français. Et notre assemblage est fait main et non par un robot. Résultat : notre qualité est optimale. Nous n’avons jamais eu le moindre retour sur nos produits !

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes, et aux moins jeunes, qui voudraient créer leur entreprise, vivre leur rêve ?

Mon expérience m’incite à donner sept conseils, qui sont autant de clés de la réussite entrepreneuriale à mon sens.

space-invader-11 – Commencez par vous bâtir une expérience de salarié.
Vivre l’entreprise de l’intérieur, pendant quelques années, permet de connaître le monde du travail, d’apprendre de son patron en observant et analysant son mode de fonctionnement, et d’acquérir ainsi des références.

2 – Avoir une bonne idée, c’est nécessaire… mais assurez-vous qu’elle soit vendable !
Sans marché, votre idée ne pourra pas vivre, alors étudiez bien le marché. Pas besoin d’avoir fait une école de commerce ni d’aller enquêter physiquement pour cela : comme je l’ai fait en fouinant sur les forums, on peut faire une étude de marché chez soi, dans son canapé ! Il est aussi vital de bien analyser les prix pratiqués par les concurrents, pour proposer un produit ou un service à un prix abordable par les clients que vous visez.

3 – Verrouillez tout !
Il faut évidemment un comptable, certes, mais vérifiez tout, maîtrisez tout. Assurez une gestion de bon père de famille.

4 – Acceptez de ne pas gagner beaucoup d’argent, voire pas du tout, lorsque vous vous lancez.

space-invader-35 – Travaillez ! Beaucoup.
Lorsqu’on crée son entreprise, il faut être prêt à travailler jour, soir et week-end.
Les relations humaines au cœur de la réussite

6 – Entourez-vous.
Ne restez surtout pas tout seul avec votre idée, ouvrez-vous aux autres, fréquentez les clubs, rendez-vous à des évènements pros, discutez avec d’autres chefs d’entreprises… Ne serait-ce que pour vous rendre compte, quand vous êtes au bout du rouleau, que vous n’êtes pas seul dans ce cas et qu’il y a pire !
Le réseau est vraiment très important.  J’ai été président d’un club de chef d’entreprises, cela m’a permis de rencontrer des gens qui me sont extrêmement utiles (avocats, comptables…) et que je n’aurais pas pu rencontrer autrement. Grâce à mon réseau, j’obtiens tous les renseignements dont j’ai besoin, et je dispose d’une bonne visibilité sur le tissu économique local. Tout cela est très précieux.
Mais attention : je déconseille de monter une entreprise avec des amis ou de la famille. Pour éviter les problèmes, mieux vaut ne pas travailler avec des personnes trop proches et s’en tenir à une relation strictement professionnelle.

space-invader-27 – Le leadership est vital.
En tant que président de ce club d’entrepreneurs, j’ai aussi constaté une chose très importante à avoir en tête lorsqu’on monte son entreprise : si l’affaire est créée à plusieurs, il faut qu’il y ait un chef, pour décider et éviter les disputes interminables. Beaucoup de problèmes prennent leur source dans des pactes d’associés trop égalitaires, et une entreprise peut couler s’il est trop compliqué pour l’une des parties de se retirer. C’est pourquoi je suis totalement contre les parts à 50/50 ou 33/33/33. Chez Arcade and Co, nous sommes à 60/40.

 

Pas besoin de diplôme : aimez votre produit, et vous le vendrez bien

 

Quelles compétences faut-il avoir pour réussir un projet d’entreprise ?

Contrairement à ce qu’on dit parfois, les compétences commerciales ne me semblent pas fondamentales : quand on connaît et qu’on aime son produit, on le vend facilement. Je n’ai pas fait d’études, je n’ai même pas mon bac, et pourtant je vends très bien. C’est le produit qui fait la vente. La clé, je crois, c’est justement que je ne cherche pas à vendre à tout prix : je désire avant tout partager une passion, et mes interlocuteurs le sentent.

Autre clé : l’anticipation. « Gouverner, c’est prévoir », et bien c’est pareil en matière entrepreneuriale : le bon chef d’entreprise est dans l’anticipation permanente.

Enfin, je vais me répéter mais il me paraît déterminant de gérer soi-même la partie financière. Il faut trouver un bon comptable…mais ne pas se reposer sur lui.

Comment éviter de mettre trop de cœur, et pas assez de raison, quand on travaille à la réalisation de son rêve ?

Il est déterminant de savoir attendre : tel prospect achètera mon produit, je le sens, mais je ne dois pas lui forcer la main car il n’est pas encore prêt. Il faut savoir susciter le désir. Et écouter son intuition, son ressenti, vis-à-vis des gens.

En réalité, mettre du cœur est une bonne chose : car si vous avez une bonne relation avec vos clients, leurs retours seront bons, ils vous recommanderont – c’est la meilleure des publicités. Et le cœur, ça se travaille ! Chez Arcade & Co, on répond au téléphone, on tient les paroles qu’on donne aux clients – quand on dit qu’on envoie un mail, on le fait… Et aujourd’hui, j’ai des clients qui sont devenus des copains ! Parce qu’on partage un point commun sentimental avec les arcades, certes, mais aussi parce que je les bichonne.

 

Le chômage, l’échec, n’est pas un drame : c’est une opportunité

 

En France, l’échec d’un projet d’entreprise peut coûter très cher à bien des points de vue. Comment éviter le risque de tout perdre ?

Dans notre pays, il n’existe pas de matelas de sécurité. Sauf pour se lancer : l’indemnisation du chômage peut être une belle opportunité, car Pôle emploi est très arrangeant avec les demandeurs d’emploi qui créent leur entreprise puisque ces derniers n’ont pas besoin de suivi… Au-delà, la seule sécurité, on la trouve dans le travail en amont, qui donne des gages de pérennité du projet. Et puis, je me répète, une bonne gestion est la clé ! Un chef d’entreprise doit faire très attention aux charges qu’il devra payer au bout de deux ans…

Autre point important : il faut faire jouer la concurrence entre les banques. L’autofinancement c’est bien, mais on n’avance pas beaucoup ainsi ; et faire rentrer un investisseur équivaut, à mon sens, à devenir salarié. Alors, tout se joue auprès des banques. Mais elles prêtent très difficilement, contrairement à ce qu’on dit. Quand j’ai sollicité la mienne pour développer ma société, elle a tout simplement refusé, sans explication – je n’avais pourtant jamais connu le moindre de découvert pendant les dix ans d’existence de ma précédente entreprise. J’ai fini par prendre mon courage à deux mains, j’ai décidé de bousculer mes habitudes, et je suis parti auprès d’une banque qui, elle, a accepté de me financer.
En France, on n’a pas le droit à l’échec nous sommes condamné à réussir – alors qu’aux Etats-Unis il faut avoir coulé plusieurs boîtes pour être considéré comme un cador ! C’est dommage mais c’est ainsi. Cela dit, l’essentiel est dans l’état d’esprit : il faut mettre du cœur…sans prendre le projet trop à cœur. L’échec n’est pas un drame, c’est une expérience, et toute expérience est enrichissante si on le décide.

La nostalgie de l’enfance, un créneau riche pour faire des affaires

 

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Comment expliquer l’engouement que vous rencontrez autour des bornes d’arcade ? La nostalgie ?

C’est l’affectif qui fait le succès de nos bornes. Quand j’étais enfant, à la campagne, ma seule distraction le week-end, c’était le café du village avec un flipper et une borne d’arcade – nous sommes très nombreux à avoir vécu ça en France. Moi, je jouais au jeu Black Tiger ; et bien quand je l’ai revu, j’ai fait un flash-back de vingt-cinq ans en arrière ! Une case de ma tête s’est rouverte à ce moment, le souvenir du lieu, de ses odeurs, m’est revenu. Tout est là : le jeu, le toucher, active une nostalgie très vivante.

Au fond, nous offrons un service de happiness. Un jeu d’arcade offre un retour en enfance très plaisant : en trois minutes, le temps d’une partie de Pacman, on réactive ses souvenirs de gosse… Ce genre de Madeleine de Proust c’est mieux qu’une psychanalyse, non ?!

Arcade and Co recherche des passionnés !

arcadeco7Arcade and Co recrute pour accompagner sa croissance :

  • Une personne en charge du montage et du paramétrage des bornes de jeu. C’est un métier manuel…qui nécessite aussi une capacité à manipuler de l’électronique.
  • Une personne en charge du pôle commercial, pour aller chercher de nouvelles cibles et de nouveaux marchés, notamment sur le professionnel.

Arcade and Co est également en recherche de capitaux pour se développer.

L’entreprise voudrait devenir plus flexible, plus réactive encore et diminuer ses coûts de production. Pour cela, pour l’aider à passer cap, elle recherche une personne disposant d’un carnet d’adresses étoffé et d’un bon relationnel.

Pour contacter Arcade & Co

Adresse : 67 Avenue de Rouen – 27200 VERNON
Email : contact@arcadeandco.fr
Téléphone : 09 50 54 89 00 ou 07 83 51 00 18
Site web : www.arcadeandco.fr

 

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